Méditation

“Vortex”, du cinéaste Gaspar Noé, est une méditation dévastatrice sur le vieillissement

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(3,5 étoiles)

Les mondes cinématographiques de Gaspar Noé regorgent de gens qui, à la poursuite de hauts extatiques, sombrent dans des bas abominables. Les profondeurs dans lesquelles le cinéaste français plonge ses personnages sont typiquement alimentées par la drogue et le sexe, baignées de teintes néon et caractérisées par un travail de caméra exaltant qui plonge dans, autour, en dessous et au-dessus de ses sujets.

Les films de Noé peuvent tester les limites de ses fans les plus dévoués. Dans le “Climax” de 2018, un jeune garçon boit accidentellement de la sangria au LSD. “Love” (2015) présente du sexe épuisant et non simulé – en 3D. Ensuite, il y a “Enter the Void” de 2009, un voyage hallucinatoire captivant de 161 minutes, inspiré du Livre des morts tibétain, sur un homme mourant repensant à sa vie.

Mais avec son dernier film, “Vortex”, le provocateur de 58 ans réussit peut-être son geste le plus subversif à ce jour : créer un film calme, compatissant et finalement dévastateur sur les jours crépusculaires d’un couple de personnes âgées.

Le film suit un mari et une femme anonymes – interprétés par le réalisateur culte italien Dario Argento et la légendaire actrice française Françoise Lebrun – dans leurs derniers jours, alors que la femme lutte contre la démence et que la santé de l’homme se dégrade. Ils partagent un appartement parisien charmant mais claustrophobe, regorgeant de livres, de papiers et d’affiches de films de leurs décennies de vie commune. (Il est scénariste et elle psychiatre.)

Bien sûr, avec Noé à la barre, “Vortex” est une vitrine pour quelques fioritures : le look visuel signature ici est un écran partagé. Cela fait suite à un prologue introductif dans lequel nous rencontrons le couple dégustant du vin sur le balcon ensemble – rythmé par un autre Noé-ism: un titre concis à l’écran qui lit, en majuscules, “A tous ceux dont le cerveau se décomposera avant leur cœur. ” Puis, alors qu’une nouvelle journée commence, les yeux de la femme s’ouvrent dans son lit et commencent à regarder autour du plafond, où est perchée la caméra de Noé. (C’est l’une des rares scènes où brille la physique époustouflante et silencieuse de Lebrun.) Une ligne noire se glisse sur l’écran, où elle reste pour la majeure partie du film.

À partir de maintenant, notre travail consiste à suivre une double perspective, en suivant le couple de personnes âgées à travers ce qui aurait pu être autrefois des courses quotidiennes qui évoquent désormais une terreur existentielle. Elle visite le marché, par exemple ; il claque sur une machine à écrire. Dans l’une des images récurrentes les plus pleines de suspense que vous verrez cette année, un pot de café moka infuse sur une cuisinière à gaz. C’est fascinant de voir un film de cette façon, mais vous pourriez aussi vous sentir un peu piégé dans ces boîtes.

Il y a des moments de vraie tendresse, comme lorsque leur fils, Stéphane (Alex Lutz), essaie patiemment d’aider l’un ou l’autre de ses parents à travers leurs frustrations — y compris entre eux. L’écran partagé se prépare dans des scènes où la paire est côte à côte, et Argento tend la main pour prendre la main de Lebrun – traversant l’écran partagé – lors d’une discussion atroce sur le déménagement dans une résidence-services.

Fidèle à lui-même pour ce cinéaste, même face à la mort, les défauts et l’égoïsme de ses personnages ressortent. Le mari a une liaison depuis 20 ans et est parfois inutilement têtu. Stéphane, bien que dévoué, est un toxicomane en rétablissement et ses parents ne lui font pas entièrement confiance.

Clin d’œil au travail d’Argento dans le genre horrifique, Noé crée ici une atmosphère d’effroi, exploitant la logique onirique d’une autre de ses influences : David Lynch. Il est tentant d’appeler le film semi-autobiographique – inspiré à la fois par la mort de la mère de Noé et sa propre guérison d’une hémorragie cérébrale (et de la sobriété qui a suivi) – le film le plus personnel de Noé. Mais ce qui distingue « Vortex », c’est sa cruelle universalité.

Dans ce prologue d’ouverture, la femme demande : « La vie est un rêve, n’est-ce pas ? “Oui,” répond-il, “un rêve dans un rêve.” Puis un toast : “A nous”. Ces mots pourraient faire référence à des souvenirs partagés ou à ce qui restera après leur départ : les compromis désordonnés et les délires dont nous échangeons tous – les choses qu’il vaut mieux ne pas dire et qui étayent les fantasmes inhérents à toutes les relations de toute une vie, avant que le rêveur ne se réveille. .

Non noté. Au cinéma E Street de Landmark. Contient un langage grossier, la consommation de drogue et des images dérangeantes. En français avec sous-titres. 140 minutes.

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